Il se passe quoi, avec Anaïs Nin et l’inceste?

Trigger warning: cet article aborde le sujet de l’inceste.

Portrait d’Anaïs par la Princesse Troubetskoi en 1929

Cette semaine, la géniale émission de France Culture La compagnie des oeuvres de Matthieu Garrigou-Lagrange était consacrée à Anaïs Nin.

Bien sûr, j’ai sauté de joie: vous savez comme j’aime cette autrice plus que tout. (En témoignent mes nombreux articles à son sujet, à lire ici.)

Après la réédition en février 2021 de ses romans Les cités intérieures chez Stock, la sortie l’été dernier de la magnifique bd de Léonie Bischoff Anaïs Nin, sur la mer des mensonges chez Casterman, et ses nouvelles de jeunesses inédites, L’intemporalité perdue, parues aux éditions du Nil en février 2020… on n’a jamais autant parlé d’Anaïs Nin.

Mais en parle t’on vraiment mieux?


Si elle a été « oubliée » un temps, ou plutôt, rejetée, c’est à cause d’une croyance tenace selon laquelle Anaïs serait une personne malsaine, perverse, peu fiable. Pourquoi? Eh bien, on lui reproche ses mensonges et sa sexualité débordante, ses récits érotiques, mais surtout, et c’est là que je cesse de rire et que je m’insurge… on l’accuse d’avoir séduit son père en 1933, lorsqu’elle avait trente ans. (tout comme on l’accuse, au passage, d’avoir aussi séduit ses psychanalystes) .

C’est bien connu, aucun homme au monde, (surtout pas les pères avec leurs filles, ou les psychanalystes avec leur patiente), n’a jamais appris que c’est à lui de dire non. Que c’est interdit. 

J’ai bondi à plusieurs reprises à l’écoute de ce podcast (fabuleux par ailleurs, et que je continue d’adorer), lorsque certain.e.s intervenant.e.s parlaient encore du père d’Anaïs comme « d’un esthète », « d’un homme qui va partout où son désir l’appelle », ou d’Anaïs comme d’une « séductrice », parfois même (ici c’est un psychanalyste homme que je cite) d’une « séductrice démoniaque ».

Tout ça, vraiment?

Une femme de trente ans couche avec son père, et personne ne se demande: mais qui est donc ce père??

Le problème est là.
D’abord, on oublie que cet inceste à l’âge adulte résulte (sans surprise…) d’un inceste subi dans l’enfance. Il n’est que le résultat des agissements d’un père abusif dès le départ. Ensuite, on met sans cesse en doute la parole d’Anaïs, alors que tous les documents biographiques en notre possession attestent qu’elle dit vrai. Pourquoi ce déni? Pourquoi encore hésiter à employer le terme « abus », « père incesteux », « emprise », pourquoi ne jamais incriminer tous ces hommes puissants qui jouissent de l’emprise qu’ils ont sur elle?

Pourquoi revenir sans cesse à la sempiternelle figure de « la femme tentatrice »? On en est encore là en 2021?

La tentation d’Eve, Edward Burne Jones

Je vois deux raisons à ce déni généralisé (autres que le fait de n’avoir pas lu en entier l’oeuvre d’Anaïs, qui, je l’accorde, est tentaculaire):

La première c’est que, malgré la lumière médiatique faite sur l’inceste en ce moment, malgré la communication incessante des associations d’aide à l’enfance et les récentes décisions gouvernementales prises à ce sujet, on n’arrive toujours pas à intégrer que c’est à l’adulte de dire non. Certains croient encore qu’il existe un consentement possible entre deux membres d’une même famille.

Et comme le montrent tristement les réactions virulentes émises à la parution de livres comme La familia Grande de Camille Kouchner ou L’Inceste et Une semaine de vacances de Christine Angot, on continue d’en vouloir aux victimes de parler, plutôt qu’aux parents de violer.

Pourtant, c’est toujours le parent qui est responsable d’un abus, quelque soit l’âge des protagonistes. L’emprise psychologique, dans un lien filial, ne cesse jamais. 

 

 

Dans l’épisode 4 du podcast Ou peut-être une nuit de Charlotte Pudlowski, Dorothée Dussy, anthropologue au CNRS et membre de L’IRIS (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux), cite un passage passionnant de son livre, Le berceau des dominations , concernant le mythe de l’inceste consenti, notamment entre frères et soeurs:

« Ni dans la littérature que j’ai consultée, ni dans l’enquête, je n’ai rencontré de situation d’inceste entre des jumeaux ou des cousins du même âge. (…) Si la différence d’âge entre les protagonistes est une condition nécessaire pour qu’advienne un « jeu sexuel » dans la fratrie, c’est bien parce que la différence d’âge amène une asymétrie des positions, et un rapport d’autorité. Les seuls « jeux sexuels » qui existent dans la fratrie, relèvent en réalité exclusivement de l’exercice d’une domination des ainés sur leur cadet, sur lesquels ils ont une autorité à laquelle il n’est pas aisé de se soustraire. (…) De fait, si les jeux dits « jeux sexuels » entre frères et soeurs ne débutent jamais à l’instigation du plus jeune, c’est précisément car ils ne sont pas « des jeux », mais des abus sexuels. Le concept de jeux sexuels entre frères et soeurs est un mythe. D’ailleurs, l’enquête approfondie montre que, devenus, adultes, seuls les ainés désignent encore les « pratiques sexuelles » dans la fratrie comme des jeux. »

Que nous apprend ce passage?

Il n’y a pas d’inceste consenti. Jamais.

L’inceste est toujours le résultat d’une domination.

 

Donc, par pitié: arrêtons de dire naïvement qu’Anaïs Nin a séduit son père.
Demandons-nous plutôt qui est ce père.
Ce père qui lui dit ceci:

« Je n’éprouve pas envers toi des sentiments de père.(…) J’ai rencontré la femme de ma vie, l’idéal, et c’est ma fille! (…) Je suis amoureux de ma propre fille! »

« Il ne faut pas que cette peur nous empêche d’être nous mêmes. Et j’ai eu d’autant plus peur, Anaïs, quand j’ai vu que tu étais une femme libérée. Une affranchie. »

« J’aimerais remplacer tous tes amants. Je sais que j’en aurais été capable si j’avais quarante ans au lieu de cinquante-quatre. Dans quelques années, peut être, il n’y aura plus de riquette (ndlr: de sexe), et alors tu me laisseras. »

source: (Inceste, édition livre de poche, p.285 à 288)

ou qui lui écrit ceci dans une lettre, quelques jours après « la rencontre » :

« Sous nos pieds nos racines sont entrelacées et nouées à jamais. La floraison que l’on engendre doit être bien digne du ciel Méditerranéen, ce témoin de notre miraculeuse union »

source: reunited, correspondance of Anaïs and Joaquin Nin, 2020. 

Tâchons de lire le passage de l’inceste dans le journal d’Anaïs Nin, si éprouvant soit-il, pour ce qu’il est vraiment. Le récit d’une jeune femme dont le père abusif insiste, dans une chambre d’hôtel, pour l’embrasser et coucher avec elle. Le résultat d’un traumatisme passé ravivé, et d’une emprise installée très tôt.

Lisons ce qu’en dit Anaïs, aussi, une fois « l’acte » consommé:

« Ensuite, j’ai voulu le laisser. Il y avait encore, dans quelque recoin secret de mon corps, un dégoût. Et il craignait ma réaction. J’avais envie de fuir. (…) Et je ne voulais pas le blesser en fuyant. Mais en cet instant, après la passion, il fallait au moins que je retourne dans ma chambre, que je sois seule. Je me sentais empoisonnée par cette union. »

source: (Inceste, édition livre de poche, p.285 à 288)

Léonie Bischoff, dans sa sublime bd Anaïs Nin, sur la mer des mensonges, s’en sort habilement pour illustrer cette scène si dévastatrice. Elle matérialise la dissociation et la sidération d’Anaïs en choisissant le procédé du négatif. On passe du blanc au noir. Sur le site de Télérama, elle explique :

« Mais comment le traiter graphiquement ? Dans son Journal, ce passage est extrêmement cru, et je ne voulais pas donner dans le porno. J’ai ressenti le dédoublement de sa personnalité en le lisant : d’un côté, elle écrit : “Mon consentement est sans limite”, mais de l’autre, elle se sent figée, étrangère à elle-même, l’âme en mille morceaux. Du coup, j’ai opté pour ce traitement en négatif, des traits de couleur sur fond noir, pour montrer qu’elle passe en quelque sorte, “du côté obscur de la Force”. Cela tranche nettement avec la façon dont j’ai représenté les autres scènes érotiques dans l’album. »

Anaïs a donc bien été incestée par son père.

En plus de l’avoir photographiée nue dès trois ans, à maintes reprises, avoir abusé physiquement d’elle dans leur grenier, alors que sa mère frappait à la porte, et avant de l’abandonner à onze ans, Joaquin Nin répétait régulièrement à Anaïs combien elle était devenue laide. Brisant à jamais le rapport d’Anaïs à son corps, à sa beauté, aux hommes. Agissements classiques d’un manipulateur: détruire l’estime de sa victime pour assoir son emprise.

Soulignons que les deux psychanalystes qu’elle consulte pour l’aider à surmonter ce traumatisme, Otto Rank et René Allendy, ne trouvent pas de meilleure idée que de coucher avec elle, eux aussi. Pauvres hommes si faibles devant une paire de seins (Anaïs les montre à Allendy en séance, effrayée à l’idée, et c’est loin d’être neutre ici, d’avoir un corps de petite fille). Pauvres hommes qui ne savent jamais résister, alors que l’interdiction pour un.e analyste de coucher avec sa.son patient.e est instaurée dès le départ par Freud, et constitue la condition sine qua none pour que la cure soit possible.

A-bus. Tout ça, ce sont: des abus.

La deuxième raison pour laquelle on a tant de mal à admettre qu’Anaïs Nin est avant tout une victime d’inceste, c’est qu’on adore penser que les victimes mentent.

Surtout les femmes.

On préfère croire qu’elles inventent.

Pourtant, les études sont toutes unanimes: la fausse accusation de viol reste un fait extrêmement rare. Entre 2% et 6% dans toute l’Europe.
Une étude de 2010 menée auprès d’une université américaine en étudiant les archives de la police de l’université sur 10 ans, entre 1998 et 2007 révèlent que 5.9% des accusations étaient fausses.

Pour info, ça ressemble à ça, le ratio violeurs/ faux accusés (et violeurs/violeurs condamnés)

 

On parle de plus en plus d’Anaïs Nin aujourd’hui, et cela me ravit. Mais on en dit encore trop souvent la même chose. On pense encore que, peut être, l’inceste avec ce père a été fantasmé. Qu’elle écrivait pour exorciser le traumatisme de l’abandon paternel, et qu’en rêvant d’être aimée de lui, confuse, elle rêvait symboliquement de coucher avec lui. Qu’elle brodait beaucoup, et vivait son Oedipe comme une surréaliste un peu folle.

Pourtant, ça devrait alerter, une femme dont le premier roman (en plein essor de la psychanalyse), est titré La maison de l’inceste. Une femme dont le journal intime comporte, une fois publié non expurgé, une scène explicite d’inceste avec le père, puis le récit d’un inceste vécu dans l’enfance. C’est rare d’inventer de telles choses. C’est possible, mais ça questionne, tout de même, non? 

Aujourd’hui il n’existe plus de doute historique sur le fait que cet inceste a bien été vécu: les lettres de son père ont été retrouvées et publiées en 2020 à la Swallow press, son éditeur Américain. Plus de doutes. Si la préface du livre (au titre glaçant de « Reunited« …) fait froid dans le dos, parlant de cet abus comme d’une « relation illicite », le document permet au moins de mettre un terme aux rumeurs d’affabulation.

 

 

L’inceste a bien eu lieu, deux fois, et pourtant, on parle encore d’une relation consentie.

D’une fille qui a séduit son père.

On fait encore peser sur les épaules d’Anaïs, qu’on trouve perverse, nymphomane ou, au mieux, séductrice, tout le poids de la domination abusive et destructrice de son père. 

À cela, je dis non. 

Journalistes, biographes, éditeurs, lecteurs, je voudrais qu’on soit bien clairs une bonne fois pour toutes:

les filles ne sont pas censées « réussir » à séduire leur père. Si elles y parviennent, c’est que leurs pères sont des violeurs.

CQFD.

 

 

 

 

 

 

Commentaires

  • Zed dit :

    A freakin’ men !

    Ce déni collectif est juste incroyable.

  • Elodie dit :

    Ton article est très juste !
    C’est dingue de devoir encore se battre à sur ce sujet…

    Si on veut lire les écrits d’Anaïs Nin, tu conseilles un ordre particulier pour se lancer ?

  • BiancaPapillon dit :

    Il faut quand même se demander pourquoi est-ce que la société patriarcale pornifiante actuelle choisit de mettre en avant une figure comme celle d’Anaïs Nin. Pour moi c’était, contrairement à ce qu’on essaye de nous vendre, une femme traumatisée (vous l’avez vous aussi remarqué), qui a adopté un comportement auto-destructeur une fois adulte. Et c’est cela que la société patriarcale adule aujourd’hui, comme modèle de « féminisme » : une femme brisée. Est-ce une bonne chose d’en faire un modèle, plutôt que de valoriser des femmes fortes, comme Colette, ou Sand par exemple, qui ont su se libérer de la tutelle psychologique des hommes ?

  • diglee dit :

    >BiancaPapillon: Eh bien, justement, les féministes ne sont pas vraiment « d’accord » sur le cas d’Anaïs: elle crée encore beaucoup de polémiques. Cela s’entend.
    Mais c’est avant toute chose une écrivaine qui a fourni un travail prodigieux sur le moi, la psychologie, la sexualité et le rapport à l’amour. Toutes ses découvertes littéraires, en terme de structure, de langue, de « projet global » sont novatrices. En cela, elle est admirable. La préface que lui dédie Laure Adler dans la nouvelle parution de ses romans « la cité intérieure » est fabuleuse, à ce titre.

    Une femme « admirable » (comprendre un possible modèle pour les féministe) ne l’est pas nécessairement parce qu’elle est « forte » ou affranchie. Le fait d’être traumatisé.e n’a jamais empêché quiconque d’écrire des oeuvres de qualité, (au contraire, c’en est souvent le déclencheur) et c’est avant tout le talent d’écrivaine d’Anaïs qui en fait l’une de mes artistes préférées au monde.

    Ne tombons pas dans le piège de ne valoriser « que » les femmes fortes… il me semble que cela ne serait pas bien plus féministe. Mettre en avant le travail d’une femme ne peut jamais faire de mal!

    Je suis féministe, lectrice d’Anaïs, autant que de Sand et de Colette, et je ne vois aucune contradiction dans ces passions! ^^ Admirer l’oeuvre d’un.e artiste ne veut pas nécessairement dire vouloir imiter sa vie, par ailleurs.
    Si nous jaugions du talent d’un.e écrivain.e à sa santé mentale, alors non nous ne lirions plus Woolf qui était une grande dépressive ou Artaud qui était fou…

    Donc je suis heureuse qu’on lise davantage Anaïs, sans en faire non plus un étendard féministe, ce qu’elle n’a de toute façon jamais revendiquer être.
    Merci pour ton message!

  • Nathalie MOAL dit :

    Cet article fait écho à l’interview vu hier dans 7 à 8 de Betty Mannechez. Au procès du père elle indique que le psychiatre avait conclu « il y a peut-être des incestes heureux ».

  • Un visiteur dit :

    Merci pour ce rappel et cette mise au point.
    C’est très éclairant. Effectivement, il n’y a pas d’inceste consenti. Il serait bon que la critique littéraire d’Anaïs Nin s’extirpe des clichés sur cette artiste.

  • amalia dit :

    Merci pour cette analyse éclairante sur ce passage de la vie d’Anaïs que j’ai découvert à la lecture de la BD. C’est celui qui m’a le plus travaillé. Comme on suit les pérégrinations amoureuses d’Anaïs et qu’elles se veulent de plus en plus libérées, je me demandais si ce passage signifiait l’aboutissement d’une forme d’amour libre, totalement détaché de toutes limites sociales, familiales, culturelles… J’avoue avoir été fortement mal à l’aise, et je comprends mieux ce qu’à travers le dessin l’auteur de la BD a voulu suggérer !

  • Lola dit :

    Merci pour cet article. On oublie aussi trop souvent que le complexe d’Oedipe n’est qu’un mythe, créé de toutes pièces par la psychanalyse, et qui n’a jamais existé. Toute comme la psychanalyse qui par un simple jeu de symboles et d’interprétations prétend soigner. Cela explique aussi toutes ces dérives. Je trouve scandaleux qu’on donne encore autant la parole à des psychanalystes comme à des experts de la psyché humaine, en oubliant qu’ils ne s’appuient jamais sur des données scientifiques. Beaucoup d’articles existent à ce sujet et permettre de prendre du recul sur cette pratique d’un autre temps, mais encore si répandue (seulement en France et en Argentine, allez savoir…)

  • Marie dit :

    Merci beaucoup, Maureen, pour ton travail de synthèse et ta démonstration implacable.

    Je n’ai pas grand chose à ajouter, si ce n’est qu’une fois de plus, heureusement que les militant·es et autrices féministes comme toi veillent au grain et pallient la complicité de bien des journalistes avec les violeurs.

    Le viol est le seul crime dont on fait peser la culpabilité sur la victime.

    Or les journalistes ont une immense responsabilité dans la diffusion – et l’éventuelle critique – de la culture du viol. Quand on fait ce métier, on n’a pas vraiment d’excuse quand on commet de telles erreurs factuelles, ni quand on se vautre dans des stéréotypes problématiques. C’est une erreur professionnelle.

    Même talentueuse, même célèbre, une femme aura toujours tort quoi qu’elle fasse, considérée comme coupable des viols qu’elle subit.

  • Lucie dit :

    Bonjour Maureen,

    Merci pour cet article très intéressant et ô combien nécessaire.
    Je prépare actuellement un mémoire sur l’inceste et votre article m’éclaire sur quelques interrogations que j’ai.
    J’ai aussi trouvé le libre Le Berceau des Dominations en pdf. Je vous mets le lien si jamais vous en avez besoin:
    https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02561862

    merci pour votre lien aussi sur Cairn !

    Bonne journée,
    Lucie

  • BiancaPapillon dit :

    >Diglee : merci pour votre réponse (et de manière générale votre blog, au passage :)), même si je ne partage pas votre analyse.

    Je crois que nous n’employons pas le mot de « femme forte » de la même manière, ce qui explique une partie de notre désaccord. Pour moi, une femme peut-être considérée comme « forte » à partir du moment où elle refuse la logique patriarcale. Ce que Nin, à mon avis, ne fait pas. Ce que d’autres femmes tentaient davantage de faire, à la même époque.

    Nin écrit, certes, mais ses écrits ne dérangent pas réellement l’ordre des hommes, ils correspondent parfaitement au cliché de la putain et ses nombreux avatars (courtisane, favorite…), tel qu’il est établit dans l’imaginaire patriarcal.
    Je pense qu’ils le confortent même, en renforçant leur croyance qu’une femme qui a une vie sexuelle intense, qui livre son expérience au public, a forcément un passé traumatique, elle ne peut être que folle.
    Pire encore, son œuvre va servir de prétexte à la parole patriarcale, qui tend à promouvoir un « bon » féminisme, passant forcément par une injonction à une sexualité intensive, y compris traumatisante. Un féminisme inoffensif, donc. La femme réduite, une fois encore, à sa vie sexuelle, et qui adhère, apparemment librement, à son auto-destruction (par son père, je ne peux imaginer que l’inceste consenti existe, surtout vu le contexte des faits). Nin n’y est pour rien dans cette manipulation de son œuvre.

  • diglee dit :

    BiancaPapillon> Je n’ai jamais présenté Anaïs Nin comme une femme forte!
    Je l’aime pour sa plume, ses failles, ses empêchements, et tout ce qu’elle a apporté à la littérature. Pas parce qu’elle est féministe, ce qu’elle n’a d’ailleurs jamais prétendu être. Et non en effet il n’y a pas d’inceste consenti, c’est le fond de cet article, et son expérience nous en apprend beaucoup sur le traumatisme.

  • BiancaPapillon dit :

    >Diglee
    Très difficile de se comprendre par écrit, et je ne voudrais surtout pas abuser de votre gentillesse. On voit bien en tout cas que vous considérez cette autrice avec estime. Cela donne envie de la redécouvrir, et peu importe la manière dont elle nous est généralement présentée.

  • Chloé dit :

    Je voulais attendre d’avoir lu la BD de Léonie Bischoff avant de venir lire cet article. Et tout du long, j’ai ressenti beaucoup de tendresse à l’égard d’Anaïs Nin, qui se débat comme elle peut d’un traumatisme vécu dans l’enfance, sans trouver l’aide qui pourrait réellement lui permettre de s’en remettre. Que de colère en apprenant que les deux psychanalystes qu’elle a consultés ont profité d’elle ! Et que d’admiration de la voir s’épanouir, malgré tout cela, dans l’écriture.
    Cette BD (en plus de tous tes articles et postes Instagram) m’a vraiment donné envie de découvrir cette femme, son récit, sa vie qu’elle a retracée de façon si abondante. Elle donne beaucoup à réfléchir ce que que c’est que d’être soi quand on est une femme dans une société patriarcale telle que la nôtre. Merci pour ces découvertes et ouvertures !

  • Maria dit :

    Je viens d’écouter le podcast de France Culture et j’ai ressenti le même malaise! Sur l’inceste bien sûr, mais aussi plus généralement, sur la vie et l’œuvre d’Anais Nin, comme si l’on cherchait à nous rappeler que tout ce qu’elle avait fait et écrit, elle le devait aux hommes (Hugo, Miller, Rank, ..), comme si elle avait tenté, par effraction, d’entre de le monde de l’art où elle n’était somme toute pas très légitime…

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