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Lectures 2019- Part 2

Bonjour à tou.te.s!

Sans plus attendre, voici la suite de mes lectures de l’année 2019. Je n’ai pas intégré dans ce classement mes lectures BD, ni les nombreux recueils de poésie que j’ai lus cette année. Ils feront peut être l’objet de posts à part, bientôt (deux recueils sont en revanche présents dans ma vidéo « coups de coeurs littéraires de 2019 »)

La première partie est lisible ici, et ma vidéo coups de coeur de l’année 2019 ici!

22) Soif, Amélie Nothomb

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J’ai eu la chance de recevoir ce texte en avant première, quelques mois avant sa sortie.
Immense fan d’Amélie Nothomb depuis mon adolescence, j’ai mon petit rituel de fin d’été: le jour de la sortie du nouvel opus d’Amélie, je me rue en librairie et le dévore d’une traite (puis je lui en parle dans une lettre, à laquelle elle répond évidemment, et cela depuis plus de 13 ans).

Mais là, j’ai lu ce texte avant sa sortie. Sans savoir si j’étais autorisée à révéler (ce qui le rend si déconcertant) le fait qu’il s’agit de l’histoire de … Jésus. Racontée à la première personne.

Jésus nous raconte sa crucifixion.

Depuis que j’ai écouté Amélie en parler dans diverses émissions de radios j’ai pu appréhender avec plus de sérénité le sujet, comprendre toutes les subtilités d’un tel projet.

Amélie nous dit qu’elle s’est toujours sentie trahie par cet épisode Biblique de la crucifixion. Jésus nous dit d’aimer l’autre comme soi même. Or comment peut il s’aimer lui-même, en acceptant de se faire crucifier?

C’est un livre fondamentalement différent de ses précédents, et savoir qu’elle y pensait depuis toujours, comme l’ultime défi, LE livre impossible à écrire, le rend encore plus magique, plus dense, plus nécessaire. Il est le lieu de toutes ses obsessions (la privation, le corps, la mort), et nous emporte fébrilement vers la sublimation (de la soif, privation ultime, on parvient à éprouver physiquement la foi)

Un texte mystique et poétique, sur la solitude, la foi donc, mais aussi l’amour…
(Ah, et évidement comme chacun de ses romans depuis le début, on retrouve bien le mot « pneu »).

Lecture ovni et lumineuse!

23) L’invitée, Simone de Beauvoir

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//Coup de coeur// (j’en parle dans ma vidéos ici à partir de 10:25!)

Bouleversant. Bou-le-ver-sant.

Ce livre m’a accompagnée tout le mois de juillet, et m’a secouée (j’ai pleuré et souligné plein de passages). Je savais que le récit était inspiré de l’histoire de Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre avec Olga Kosakievicz, à qui le livre est dédié et avec qui ils ont vécu une sorte de trio amoureux… mais en fait, le livre raconte bien plus que ça.

Il parle de la jalousie évidemment, il questionne les limites de l’amour libre, le danger de la fusion dans l’autre, la peur de fantasmer l’amour que l’autre nous porte, ou la sensation de ne pas exister hors du couple… il parle de cruauté, aussi.

Depuis quelques temps je creuse davantage l’oeuvre romanesque de Beauvoir (j’avais adoré ses mémoires d’une jeune fille rangée, texte fondateur pour moi et qui m’a inspiré le titre de mon 1er roman), et je me régale: l’année dernière j’ai lu simultanément les Mandarins puis ses Lettres à Nelson Algren, qui m’ont inspiré énormément de dessins et de notes ça et là, et qui m’ont accompagnée tout l’été.

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Chaque fois j’ai été vraiment impressionnée par la capacité de Beauvoir à décrire si bien les sentiments de ses personnages.
Chacun est si complexe, si riche, chaque dialogue sonne terriblement juste… C’est définitivement une écriture que j’aime: qui dissèque un peu froidement les choses du coeur, avec une tendresse sévère et pudique.

Et cette fin!

24) Antigone, Jean Anouilh

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Parce que je me demandais si je serais capable de relire du théâtre aujourd’hui.
Parce que j’en avais un souvenir diffus de mes années de lycée.
Et parce que quelque chose en moi avait besoin de la rébellion et de la détresse idéaliste d’Antigone.
J’ai été secouée.

« Rien n’est vrai que ce qu’on ne dit pas ».

25) Le Horla, Guy de Maupassant

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Coup de coeur aussi! (J’en parle dans ma vidéo à 4:30)

Aaaaah, quelle découverte!
Des ombres, des présences menaçantes, des fous, des chiens qui hurlent à la nuit, des cauchemars, des réflexions sur l’invisible et les limites de l’humain pour le percevoir… tout ce que j’aime!

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En plein siècle féru de spiritisme et de tables tournantes, je n’ai été guère étonnée de lire ces lignes « pro-paranormal »: ces nouvelles contiennent certes, l’angoisse d’un écrivain malade des nerfs et obsessionnel, mais aussi tout le courant d’une époque qui cesse de croire en Dieu pour tenter de croire en l’au delà et ses manifestations.
C’est noir et romantique, c’est étouffant, c’est poétique, c’est occulte. Je suis convaincue que ces lignes traduisent les convictions de l’écrivain, et sûrement même ses propres expériences avec l’invisible.

J’ai aussi aimé le petit clin d’œil à Huysmans, dans la dernière (fabuleuse!!) nouvelle, qui confirme mon idée que l’auteur trempait sûrement dans le milieu ésotérique de son temps.
Lu pendant l’orage, d’une traite: y’a t’il meilleur moyen de lire un livre?

26) Le miroir, Edith Wharton

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Deux petits contes lus un soir en me couchant.
Deux nouvelles à propos de fantômes et de revenants en tout genre… mais surtout pleines d’ironie, face aux croyances un peu superstitieuses. Écriture acide et mordante, sans pitié!

Petit livre découvert dans la super box littéraire féministe Glory Box!

27) Rebecca, Daphné du Maurier

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Mon premier roman de Daphné du Maurier!

Parfait livre pour m’accompagner pendant mon périple envoûtant dans le Finistère gris, pluvieux et sauvage cet été.
Rebecca, c’est l’histoire d’une jeune mariée gauche et naïve, fraîchement débarquée dans l’immense manoir de son mari, veuf depuis peu.

Plane dans ce domaine des côtes anglaise l’ombre mystérieuse et magnétique de la défunte épouse.

J’ai été.. partagée.
La narratrice m’a beaucoup BEAUCOUP agacée (et son histoire d’amour encore plus, mais j’ai essayé de remettre dans le contexte: le texte date de 1939).  Si l’histoire m’a saisie dès les premières pages, l’ambiance aussi, l’univers, la lenteur d’esprit et la naïveté CRIANTE de l’héroïne m’ont vite agacée. Je me sentais ralentie dans l’avancée de l’intrigue, j’aurais aimé qu’elle soit plus curieuse, plus futée, moins empotée. Certaines scènes sont frustrantes tant on sent venir la catastrophe avant le personnage principal.
Mais malgré tout, l’intrigue se dénoue avec panache, et j’ai été agréablement surprise par la fin: j’ai lu les 60 dernières pages d’une traite, sourire aux lèvres. J’ai même eu plaisir à relire le début ensuite.

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Je lis très peu de thriller ou de roman de ce type (celui ci a été adapté par Hitchcock, et l’autrice est aussi celle qui a écrit la nouvelle « les oiseaux »), et l’expérience a quand même été délicieuse, ne serait-ce que pour l’atmosphère gothique pleine de brume, de roches grises et de secrets.
Surtout en vacances, et dans un cadre aussi semblable à celui du récit.

Passion Bretagne et cotes sauvages!

28) Souvenirs de l’avenir, Siri Hustvedt

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Comment parler de la notion de temps et de souvenirs, comment écrire le temps et ses boucles, les résonances entre passé/présent/futur, quand l’immatérialité de deux d’entre eux les rend si insaisissables?
Et quand, précisément, l’écriture crée une forme linéaire qui empêche la circulation libre entre l’avenir, le passé et le présent?

Ce livre est indescriptible, et il m’a été d’abord très très difficile d’entrer dedans.
Puis je ne l’ai plus lâché.
Difficile parce que Siri Hustvedt (que j’adore) nous déconcerte, en utilisant plusieurs narrations, plusieurs personnages, plusieurs temporalités.
Au départ j’ai été dérangée et éprouvée par ces allers et venues, par ces virages brutaux au sein d’un même chapitre. Puis doucement, avec effort, j’ai compris que c’était voulu. Puis j’ai oublié, et j’ai pénétré chacun des personnages avec la même empathie et la même douleur.
Ce que me dit Siri dans ce livre, c’est que ces histoires à priori si différentes, sont les rouages d’un même récit.
Les mécanismes du patriarcat, qui enseignent aux femmes la dévalorisation essentialisée (« tu seras une bonne infirmière », lui dit son père médecin, quand petite elle se passionne pour le corps humain et rêve de l’imiter), la sororité, la philosophie, la poésie, la sorcellerie, le féminisme, les femmes rendues invisibles dans l’histoire, l’écriture, la vieillesse, la maladie mentale, le deuil, les violences sexuelles, Marcel Duchamp et l’urinoir volé… plus j’avançais dans ces pages denses et tentaculaires, plus j’y trouvais une musique familière et enivrante, et des sujets qui me passionnent.

Ni tout à fait autobiographie, ni tout à fait essai, ni tout à fait roman… ce livre est inclassable. Il est difficile, je crois, il est éprouvant aussi, comme peut l’être la déconstruction féministe ou le militantisme, parfois. Ça mord un peu l’âme, mais on en sort grandie et si puissante.
Siri, mon héroïne. (Je l’ai rencontrée ensuite à la maison de la poésie… c’était fabuleux!)

(et merci Actes Sud de m’avoir permis de découvrir ce texte si bouleversant avant sa sortie.)

29) Tout quitter, Anaïs Vanel

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Autre coup de coeur mentionné dans ma vidéo (à partir de 14:38)!

Je savais ce que contenait ce livre: Anaïs Vanel, c’est mon ancienne éditrice, celle qui a cru en moi pour Forever Bitch et pour Libres!, et celle avec qui j’ai parlé tant de fois de féminisme et de littérature autour d’un BoBun ou d’un thé.
Et pourtant, dans le train, endroit où j’ai terminé son roman, l’envie de pleurer ne me quittait pas.
Une envie de pleurer qui n’était pas triste je crois, mais qui m’a ravagée. Son livre m’a déployée.

Anaïs raconte avec poésie et dépouillement sa nouvelle vie dans le Sud Ouest, à surfer et écrire, elle qui vivait jusque là dans le tumulte du milieu éditorial parisien. Elle raconte non pas ce qu’elle a quitté, mais ce qu’elle a trouvé, dans cette vie simple pleine d’embruns et de marches en forêt.
Elle parle de sa quête d’identité, des choses de l’enfance qui restent et qui nous colorent. Elle dit que sourire nécessite le travail de quinze muscles. « Sourire à quelqu’un, ce n’est pas rien ». Elle parle de Restless de Gus Van Sant et de Rilke, elle parle du pouvoir des maisons, et du besoin de s’appartenir, de savoir être seul avec soi.

Merci Anaïs pour cette vague d’émotion et de rêve dont j’avais tant besoin!

30) Paulina 1880, Pierre Jean Jouve

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J’ai lu ce livre parce qu’Anaïs Nin en parle dans son journal Comme un arc en ciel, que je relisais à ce moment là.

Elle raconte avoir dévoré cette œuvre d’un bout à l’autre avec frénésie, et comme j’aime Anaïs Nin et m’évertue à la percer à jour, la comprendre, la décrypter, je suis allée me l’acheter en librairie il y a quelques semaines.
Et… je suis incapable de me prononcer sur ce texte.

Incapable.

L’univers, l’ambiance, le décor disons, me plaisent. Une jeune femme mystique et passionnée du 19e siècle, qui cède au « péché » de luxure… Rien de nouveau sous la lune, mais le thème m’a séduit. Certains passages étaient très poétiques, un peu fiévreux, mais… bon sang… Incapable d’en parler, je vous dis.
Je l’ai lu presqu’en une fois, et pourtant j’étais extérieure à la lecture.
Témoin neutre et sans élans.
J’ai été parfois gênée par la narration en discours indirect libre, et le mélange de formes que prend le récit.

Maaaaais…

quelque chose en reste malgré tout, je crois.
Ce quelque chose est probablement nourri par le portrait que fait Anaïs de son auteur, poète passionné d’ésotérisme et de curiosités, collectionneur de bizarreries magiques, d’étoffes de velours brodé de fils d’or, de lampes en verre soufflé, d’encens, de cristaux rares et d’animaux empaillés.

Une lecture bien singulière, qui m’a sortie de ma zone de confort, et dont je garde l’emprunte vaporeuse quelque part, tapie en moi.

32) La maison, Emma Becker

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J’ai découvert Emma Becker avec son premier roman « monsieur », sorti en 2011, qu’à l’époque j’avais adoré (et évoqué rapidement sur mon blog).

Bon: Emma Becker écrit sur le sexe. C’est ce qui la caractérise, ce qui l’a fait connaître, ce n’est plus un secret. Et pour aller au bout de son exploration des thèmes relatifs au sexe, elle a choisi d’intégrer une maison close Berlinoise, et s’y est prostituée pendant plus de deux ans.
Dans le souci, d’abord, de donner la parole aux concernées, de parler d’elles de l’intérieur, comme ne l’ont jamais fait tous ces hommes de lettres férus de bordels au 19e qu’elle a tant lus adolescente: en devenant elle même l’une d’entre elles, en évoluant parmi elles, non pas comme une journaliste mais comme l’une d’entre elles, à égalité. Le documentaire devient témoignage, et elle a à coeur de dresser des portraits de femmes réalistes, saisissants et émouvants, sans complaisance: elle tente de leur rendre la dignité que tant leur arrache.

Là où évidemment l’exercice n’est qu’un leurre intellectuel, c’est qu’Emma est d’abord écrivaine. Qu’elle est libre.
Qu’elle peut à loisir revenir à sa vie indépendante, loin de la prostitution qui pour tant de femmes, n’est pas un choix. Et contrairement à ce que je peux lire à droite à gauche sur elle, elle en est bien consciente.
Elle se demande d’ailleurs au fil des pages à quoi pensent ses consoeurs, le soir, quand la journée se termine sous le poids physique et psychique des 6,8 hommes qui les ont chevauchées, abîmées, écrasées, et que tout recommencera le lendemain, sans échappée possible. Le récit n’est pas uniquement idyllique.
Sa voix dans le livre est plus réaliste, plus sombre, plus engagée que ce qu’elle en dit (ce que lui font dire, parfois) dans les médias.

Et si son expérience dans « La maison » est positive, elle raconte aussi pendant une centaine de pages l’expérience effrayante vécue dans le premier bordel qu’elle intègre, autrement différent, tenu par deux hommes étrangers et duquel elle part chaque soir en pensant qu’elle va peut être mourrir, être privée de papiers ou kidnappée. Il n’est pas question de chanter la gloire de bordel en tant que tel: ce n’est qu’en arrivant à La Maison, second bordel à l’accueillir et tenu par une femme, qu’elle va trouver son sanctuaire, sa famille d’adoption pour les deux ans à venir.

Elle reconnaît donc ce privilège, celui d’avoir trouvé un lieu « safe » et bienveillant (dans les limites de ce que lui demande la profession), et réclame le droit de raconter cette expérience.

Au delà même du contenu de ce livre en tout cas, je remarque qu’encore une fois sa plume m’a fait le dévorer avec avidité.
Et il aura eu le mérite de me faire me questionner sur la complexité de ces sujets, bien trop souvent abordés sans écouter la parole des concernées.

Emma nous livre ici son expérience, sa vision d’une maison close, ses rencontres avec des femmes subjuguantes et terriblement humaines, qu’elle tente de raconter au mieux, sans fards.
Que le livre nous dérange ou nous agace, et que le thème soit sensible, complexe, je l’entends: mais il me semble primordial concernant ces sujets de violences sexuelles ou de prostitution, de laisser la parole aux femmes. De ne pas hurler à la traitrise, ou à la mauvaise féministe à la moindre sortie des clous, et de ne pas invalider la parole des concernées parce qu’elle nous semble en désaccord avec nos principes.

Que son expérience ne soit pas celles d’autres prostituées, c’est une évidence, et sa parole n’invalide absolument pas celle des autres: il y a la place, surtout en littérature, pour les expériences de chacune: plurielles, antagonistes, opposées… chaque témoignage a sa place dans le débat.

Un lecture adipeuse, dérangeante, touchante et donc, oui, parfois agaçante.

33) L’amant de Lady Chatterley, D.H Lawrence

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Des années que j’avais ce livre chez moi, acheté après être tombée sur l’adaptation cinéma de Pascale Ferran sur Arte, il y a bientôt dix ans. Après avoir regardé le fabuleux documentaire Arte sur les nombreux procès qu’a engendré la sortie du livre, j’ai décidé d’enfin le lire.

En grande passionnée d’Anaïs Nin, j’avais aussi envie de comprendre ce qui lui avait tant plu dans ces pages, au point qu’elle publie un essai, à 27 ans, sur l’érotisme novateur qu’elles contiennent.

Mais ce que je ne savais pas, c’est qu’il existe TROIS versions de ce texte, rédigées, d’après la femme de D.H Lawrence presque toutes en même temps, prévoyant la censure.

Il y a donc la toute première version, « Lady Chatterley », puis « Lady Chatterley et l’homme des bois », version dont est tirée le film de Pascale Ferran, et enfin la plus connue de toutes, « l’amant de Lady Chatterley », que j’ai lue. Je n’ai compris qu’après cette lecture, en trouvant la première version sur un marché aux puces, qu’il en existait d’autres versions: et entre la 1ère et la 3ème, tout change. Le nom de l’amant, son caractère, son langage, leurs rapports intimes, le passé de Constance Chatterley… Plusieurs bibliophiles défendent que la 2e version est la meilleure. Plus tendre, mais aussi très érotique.
Je ne peux parler que de la 3ème que j’ai lue en entier.

Ce qu’il est important de comprendre, c’est le positionnement de Lawrence au moment de l’écriture: il a tenté (même si maladroitement…) de valoriser le plaisir féminin, persuadé que, si les femmes s’en emparaient, l’exploraient, elles gagneraient en liberté.
Il a pour cela questionné à maintes reprises son épouse, pour qu’elle lui décrive par exemple la sensation que lui procurait un orgasme. Le texte a été écrit en 1922, mais n’a été publié eu royaume uni qu’en 1960 tant il a fait l’objet de procès, censure et critiques: pourtant, il s’agit avant tout d’une histoire d’émancipation féminine, d’une critique acide de l’aristocratie, et d’une histoire d’amour.
Si beaucoup de passages m’ont ennuyée, j’ai tout de même apprécié le projet de ce livre. Je n’ai pas bien cru au personnage de Mellors, l’amant, ancien lettré devenu paysan au langage rustre: il paraît qu’il est plus convainquant dans les premières versions. Mais j’ai aimé l’omniprésence de la nature, et la légèreté rieuse de certains ébats.
À creuser davantage!

34-35) Le feu, et Comme un arc en ciel, d’Anaïs Nin

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Dois-je rappeler, encore, mon amour inconsidéré pour Anais Nin?

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J’ai emporté ces tomes partout avec moi pendant toute l’année, (re)lus en « à côté », en parallèle de toutes mes autres lectures.
Je les avais déjà lus une 1ere fois en 2009, réunis dans « le journal de l’amour », et la découverte du contenu de ces pages m’aura transformée à jamais, sans retour en arrière possible.
Depuis, je lis, relis, décortique, épluche chaque mot de cette magicienne, toujours aussi (obsessionnelle…) éblouie.

Dix ans plus tard donc, j’ai pris plaisir à la relire lentement, et à annoter des centaines de pages, à creuser et déterrer les mystères de l’écrivaine du moi la plus complexe et insaisissable que le monde ait porté.
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Je pourrais en parler des heures, expliquer en quoi ces lignes sont addictives et passionnantes à mes yeux, mais je l’ai déjà fait sur ce blog ça et , sur mon instagram et dans le magnifique podcast du Book Club Louie disponible ici.

36) Pierre, Christian Bobin

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Lire Bobin, c’est toujours une vraie échappée lumineuse.
Dans ce court livre, il raconte son périple en train dans le sud, une nuit de 24 décembre, vers la maison de son ami le peintre Pierre Soulages.
La visite nocturne à son vieux camarade est finalement un prétexte pour aborder le silence d’un voyage intérieur autant qu’extérieur, pour Bobin qui déteste quitter sa maison. Le train devient une créature d’acier ronflante, qui troue la nuit et son silence.

On y croise des fantômes, une aubépine, de la neige…

Aaaah, c’était si beau!

37) La ballade du café triste, Carson Mc Cullers

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Petite (tout petite) déception: j’ai moins aimé la ballade du café triste que Frankie Adams, de Carson Mc Cullers, lu cette année. Je me suis un peu accrochée pour le terminer, déconnectée de l’histoire.

Pourtant l’ambiance était là, ce petit village perdu des États Unis, sa propriétaire géante et brusque, son bossu, ce café chaleureux où tout le monde vient s’offrir un moment d’humanité les rides soirées d’hiver… mais pour moi la sauce n’a pas vraiment pris.
Je ne suis pas une grande lectrice de romans, et cette année j’ai voulu sortir un peu de ma zone de confort.
Parfois, ça a donné de vrais bouleversements (cf Le mur invisible), et parfois je suis passée à coté.

Mais je sais que j’aime cette autrice, et que je vais continuer à la lire, parce que son univers à la Diane Arbus me fascine et m’attire énormément (et surtout, j’ai ADORÉ Frankie Adams).
Je prévois de lire « reflets dans un œil d’or », ainsi que sa bio par Josyane Savigneau).

Affaire à suivre donc!

38) Sisyphe est une femme, la marche du cavalier, Geneviève Brisac

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…En revanche j’ai adoré « la marche du cavalier » de Geneviève Brisac, ré-intitulé Sisyphe est une femme pour son édition augmentée de 2019.

Il s’agit d’un essai sur les écrivaines, et sur l’oubli teinté de sexisme dont elles sont victimes depuis des millénaires.
Mais l’axe principal du livre, au delà même du féminisme, c’est l’écriture. La langue.
Qu’est ce qu’écrire, (de surcroît quand on est une femme), qu’est ce que la musique des mots, comment raconter l’intime.
À quel point lire d’autres femmes aide à se construire, à se déployer, en tant que lectrice.

Le livre s’articule autour de plusieurs chapitres chacun dédié à une écrivaine.
Geneviève Brisac nous plonge dans l’univers littéraire de chacune, dans son histoire intime parfois, décortique son style, son vocabulaire, ses thèmes fétiches, puis raconte son expérience à elle, autrice, avec chacun de leurs livres.

Une belle manière d’enrichir sa bibliothèque et de se donner de nouvelles références littéraires féminines!
Joli podcast France Culture à écouter, dans lequel Geneviève Brisac revient sur la naissance de ce livre.

39)Le dimanche des mères, Graham Swift

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Voilà un petit roman (par sa taille) qui m’a beaucoup plu!
Je ne savais absolument pas à quoi m’attendre puisque je l’ai acheté au hasard d’une ballade à la @librairierivegauche… belle surprise!

Le récit se déroule un bel après midi férié de mars, dans la campagne anglaise.
Jane, une domestique orpheline et Paul, son amant artisocrate promis à une autre, s’enlacent et offrent leur nudité moite aux rayons du soleil. Il est question de départ, des différences de classe, de solitude, d’affront, de littérature, de la trace indélébile que laissent à jamais certains instants.
D’écriture aussi, beaucoup…
De la difficulté de dire la vérité. De l’écrire.

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J’ai adoré!

40) La nausée, Sartre

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Lecture qui clôture mon année 2019… un tout autre défi!

Si j’ai pas mal lu Beauvoir récemment, je connais moins bien l’univers de Sartre.
J’ai de vagues souvenirs de ma terminale L et des cours sur l’existentialisme, et j’ai récemment renoué avec sa pensée en lisant le (GÉNIAL, INDISPENSABLE, RÉVOLUTIONNAIRE) essai: On ne naît pas soumise, on le devient, de Manon Garcia docteure en philosophie et spécialiste en philosophie féministe. Tout cela a réveillé ma curiosité, et je suis allée me procurer son premier roman.

Sartre écrit La Nausée à 33 ans.
La forme du livre, publié en 1938, déstabilise complètement: il ne peut être vraiment qualifié de « roman », puisqu’il ne s’y passe quasiment rien. Ou en tout cas, ce ne sont pas les événements romanesques en soi qui nous intéressent, mais le déroulement intérieur de la pensée du narrateur.

Antoine Roquentin tient un journal dans lequel il décrit son sentiment de nausée récent: un sentiment d’angoisse et d’écœurement l’assaille depuis qu’il a réalisé que, d’une part, son existence est vaine, et que d’autre part, chaque chose autour de lui existe, aussi fort que lui, et sans plus de raison que lui.

Le texte est jalonné de percées poétiques (voir photos suivantes), de réflexions philosophiques sur notre rapport aux autres et au monde, sur la solitude et sur l’amour (passages d’une beauté et d’un fatalisme éblouissant), mais il comporte aussi quelques passages franchement soporifiques.
Ça fait partie du charme du livre, lent, méticuleux, lourd, ennuyeux et faussement spontané, qui se fait passer pour un journal intime réel, qui aurait été retrouvé et publié tel quel

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Belle porte d’entrée dans l’œuvre de Sartre qui m’a donné envie de poursuivre avec l’Être et le néant

Affaire à suivre, donc!

Voilà, c’est tout pour 2019…

Je vous dis à l’année prochaine pour un compte rendu littéraire, je l’espère, aussi riche et passionnant que celui de 2019.
Et en attendant, retrouvez moi sur Instagram, où je poste mes lectures en direct, en plus de mes dessins et de (trop) de photos de Basile et Paillette, mes chats, qui s’aiment beaucoup trop.

basile et paillette
Love,
Maureen

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