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Journée internationale de lutte pour les droits des femmes

anna a
emily dickinson
Aujourd’hui est un jour aussi symbolique qu’important.

Il est celui dédié non pas à « la femme », car il n’existe pas UNE femme qui en son simple corps résume les milliers d’autres, mais AUX femmes, et surtout à leur suffocation, à cet étau pesant qui les prive de droits et de libertés. D’égalité.
Non, le temps de lutte n’est pas révolu, oui les femmes sont invisibilisées, encore, violées, excisées, violentées, humiliées si souvent.

Dans ce combat parfois pesant et très souvent moqué, ma paix intérieure je l’ai trouvée en lisant des femmes, en lisant des destins de femmes. En cherchant l’anecdote, en cherchant le modèle, « comment elle a fait, elle, pour y arriver? ». J’ai trouvé de l’apaisement en me rapprochant des femmes, en appelant à la sororité.
Mot que mon correcteur d’orthographe me souligne encore en rouge, ignorant honteusement ce qu’elle la solidarité entre femme, entre soeurs.
« Sororité ».

Ce besoin n’est pas neuf.
Il crie depuis longtemps, et même ici, sur ce blog.
J’ai parlé du poids et de l’influence de mes ancêtres femmes (dont certaines mériteraient tellement d’être dans des livres), de leurs amours, de leur force, de leurs drames, dans un billet sur l’amour.
J’ai illustré quelques unes des femmes célèbres qui m’ont aidée à me construire adolescente et jeune adulte, dans mon agenda 2015 et mon coffret de cartes postales.
J’ai gueulé, (en 2015 aussi, année de la révolte) sur de l’absence aberrante de femmes de lettres dans les sujets du bac de terminale littéraire, et à ce titre, j’ai énuméré les quelques autrices que je connaissais et qui mériteraient d’y figurer.
J’en citais peu. Trop peu.
Parce que bien qu’elles fourmillent et foisonnent, la culture les tait, et il faut aller les chercher. Quand on cite des autrices, on cite toujours les mêmes: Duras, Yourcenar, Triolet, Sagan & co.
Il faut fouiller, lire, écouter des émissions, enquêter, prendre le temps, pour déterrer les femmes. Et alors, la surprise est immense.

Les femmes sont là.
Plurielles et fantastiques, pleines de toute leur individualité et loin du cliché marketting infâme d’une littérature qui serait « féminine ».

Cette urgence à CITER des femmes qui comptent, comme le fait merveilleusement bien Pénélope avec sa BD « Les Culottées » est viscérale: pas parce que les femmes sont plus intéressantes que les hommes, pas parce qu’elles écrivent mieux, pas parce que leurs oeuvres se distinguent et se détachent de celles de leurs pairs masculins: juste parce qu’elles e.x.i.s.t.e.n.t.

Et que le fait que ce soit une surprise est grave.

J’ai besoin de modèles, d’égéries, d’histoires racontées dans lesquelles les vainqueurs, non, les VICTORIEUSES (oui, la féminisation des termes est politique, et oui, je dis autrice et écrivaine et poétesse) seraient des femmes.

Parce qu’il serait temps que la balance soit rétablie, que ce que l’on apprend à l’école devienne incluant, devienne réaliste. Le monde, non, n’est pas fait que d’hommes, il est même plutôt bien équilibré.
Il est fait d’individus multiples, et parmi ces individus des femmes créent, au même titre que les hommes. Or la plupart ne franchissent pas la ligne de la culture populaire, des grands prix, de la célébrité, de la postérité.
Ou pire, elles y parviennent à leur époque, puis sont noyées et englouties dans la réécriture permanente de l’histoire.

En ce moment je trouve de l’apaisement dans la poésie.
J’ai toujours adoré la poésie, si proche du dessin, comme une petite hypnose fleurie qu’on va chercher au fond de ses yeux.

J’ai grandi avec les illustres Rimbaud, Apollinaire et Éluard. J’ai boudé Ronsard, que je trouvais niais.
Éluard, j’en fais encore mon pain quotidien, en témoigne ma récente exposition autour de ses vers.
En grandissant j’ai ajouté Mallarmé et Paul Valéry, Walt Whitman.

Mais ces temps-ci, surprise: je découvre que les femmes elles aussi ont écrit de la poésie.
On ne me l’avait jamais dit. J’ai fait tout un trimestre en 1ère littéraire sur la poésie, et on ne m’a rien dit.

Quand j’imaginais un poète, je pensais Shakespeare, je pensais Verlaine, je pensais homme, je pensais homme amoureux, désireux, épris, fou… ivre.
Était-ce tolérable d’entrer dans de telles transes pour une femme? Est-ce aussi bien vu pour une femme d’écrire sur son amour, sa passion, son déchirement? C’est drôle parce que sous la plume d’une femme, ces mêmes élans sont aussitôt qualifiés de « sentimentalistes » « féminins » « à l’eau de rose ».
Heureusement, certaines poétesses font l’unanimité de la critique, et réussissent à me parvenir par le biais d’articles ou d’émissions.
Aujourd’hui je lis toujours Éluard et Paul Valéry, mais je découvre éblouie Anna Akhmatova, Emily Dickinson, Louise Labé, Sylvia Plath, Patti Smith. Il y en a d’autres, plein, je le sais: je vais les trouver, je vais les lire, je vais choisir laquelle me plaît, laquelle résonne.

Pour ce 8 mars j’ai choisi d’illustrer les deux poétesses qui m’ont fait frémir ces jours-ci, dont la biographie, la plume, le parcours m’ont fascinée.

Pour clore ce long billet, je veux retranscrire ce poème d’Anna Akhmatova:

Le saule

… le duvet fragile des arbres.
Pouchkine

J’ai grandi au milieu de calmes motifs
Dans une fraîche nursery du jeune siècle;
Je n’aimais guère la voix des hommes,
Mais je comprenais celle du vent.
J’aimais la bardane et l’ortie,
Et plus que tout le saule d’argent.
En reconnaissance il a vécu
Avec moi toujours, ses branches en pleurs
Semaient des rêves sur mes insomnies.
C’est étrange! Je lui ai survécu.
Voici la souche; les autres saules
Parlent aujourd’hui avec d’autres voix
Sous notre ciel, sous d’autres cieux.
Je me tais… on dirait que mon frère est mort.

1940 janvier

 


Bonne journée à toutes.

Maureen

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