Bye Bye 2020

 

 

Voilà, ça y est: c’est arrivé.

L’année maudite est enfin terminée, et elle aura laissé une empreinte bien spécifique.

Année malade, année silence
Année sans baisers, pleine de gestes barrières
Mais aussi… année terreau
année blanche
année patience.

Cette année, au fond, j’ose dire…qu’elle m’a fait du bien.
En partie.

Du haut de mon privilège, celui d’être en bonne santé, de vivre dans un appartement que j’aime et de n’avoir perdu personne de ce drame, j’ose dire que l’immobilité forcée de cette pandémie m’a en quelque sorte rebâtie.
Je couvais tant de dissonances l’année dernière, tant de choses dans ma vie cherchaient désespérément une place. Il y avait des absents qui manquaient à crever, il y a eu drames familiaux, un accident, et des joues brûlées par l’incertitude.

Alors, juste avant que le monde ne parte en vrille, c’est moi qui suis partie.

Tout lâcher

Début 2020, j’ai décidé de faire un break avec ma vie, avec mon quotidien: la compta, les boulots en retard, les soucis d’argent, le ménage, les machines à lancer chaque semaine, le noir, puis le blanc, puis oh allez, cette culotte là elle peut bien aller avec le blanc, je mettrai un decolor stop, tous ces matins englués dans l’envie de rien: je leur ai dis tchao.

J’ai mis tout ça dans un coin de ma tête, j’ai arpenté internet en quête d’un endroit où hiverner le temps de la suture, et je suis partie. À l’autre bout de la france dans une abbaye Bretonne, seule.

Quand je suis revenue de ces cinq jours hors du monde, à marcher le long du sentier des douaniers et ramasser du mimosa, j’étais un peu comme un vieux mac n’ayant jamais connu de mise à jour et qu’on aurait soudain rebooté.

J‘avais un nouveau processeur tout neuf, de nouveaux outils, ça ne moulinait plus pendant des heures avant d’accomplir une simple tâche.

 

Transformée

Je suis revenue de ce séjour mi-février 2020, juste à temps pour enchaîner avec le confinement. (Reboot d’un autre genre, celui-là aussi. )

Dans la foulée et face à la crise, on a décidé de vivre ensemble avec mon mec, au moins le temps du confinement, chose insensée que seule une pandémie mondiale pouvait bien rendre possible. 

J’ai découvert pour la première fois l’espace « conjugal »: mon appartement n’était plus « mon » appartement, et je devais un peu lutter les premiers jours pour me sentir autorisée à poursuivre mes journées devant témoin. J’ai aussi découvert le sombre et vil enfer de la « charge mentale ». Il était temps! 
Mais après la mise en place de quelques plannings de répartition des tâches ménagères et autres menaces de punition-pour-bol-de-céréales-non-lavé-le-matin, la vie est redevenue douce.

Ma chance c’était que, avec mon nouveau processeur tout neuf, j’avais moins besoin de distractions. J’étais beaucoup plus à l’aise avec le vide. Le rien. L’immobilité.
Mes immenses plaisirs étaient faits de petits rien: mes deux félins contre moi pendant un film, un bon livre, un bain chaud, un repas en tête à tête avec mon amoureux…

Enfin, c’était le cas pendant des mois, et je veux que ça dure.
Je lutte, car les mauvaise habitudes reviennent vite (coucou les réseaux sociaux créés pour nous rendre addicts et dépressifs!) (rappelons que Bill Gates et Steve Jobs ont élevés leurs enfants loin de la technologie… just saying!)

Je souhaite à tout le monde de pouvoir un jour s’extraire de sa vie. Pas nécessairement dans une abbaye évidemment, pas nécessairement pendant une semaine entière, mais déserter, parfois, ça a du bon. Lâcher. Dire: débrouillez vous sans moi. 

De loin, tout est plus clair. Le départ solitaire, c’est comme un zoom vers l’arrière: on voit enfin la big picture. 

 

Puis, le basculement

Et alors que tout allait bien, soudain… le virage.
J’ai acheté… mes premiers équipements de randonnée.

MOI.

Moi qui ai toujours détesté le sport, moi qui pleure en balade quand ça dépasse une heure et que je réalise qu’on n’a pas emporté de goûter, moi qui conspue l’effort physique et considère comme un crime contre la mode l’ensemble des gammes de fringues sportswear.

Eh bien, laissez moi vous dire qu’en 2020, Le vieux Campeur et Décathlon n’ont plus eu de secrets pour moi.
J’ai acquis mes première chaussures de marche, d’un vert turquoise infâme et qui se ferment avec un élastique, un sac à dos 30L avec armature pour le dos et filet résille anti-transpirant, et j’ai même cédé aux chaussettes à 20 balles en laine ultra respirantes, qui tiennent chaud en hiver et froid en été. 

Si j’ai parfaitement assumé ma transition vers le no make up et mes poils sous les bras, ce cap là, il m’a fait mal. Très mal.

Qui suis-je donc devenue?

Certains accuseront la vieillesse, moi je mets tout sur le dos de 2020.
Et de mon mec, ce dingue de rando et d’escalade.
Il m’aura eue à l’usure, le diable, et le pire c’est que je suis heureuse.

2020, l’année du rien à foutre

Je n’ai même plus honte, à vrai dire.
Pour nos cinq on est allés écouter le brâme du cerf en ponchos et short de sport dans la forêt de Tronçais, et pour l’anniversaire de son père on grimpait les côtes des monts d’or Lyonnais à vélo (même pas électrique). En 2020 j’ai téléchargé l’appli « Visorando » sur mon téléphone. De moi-même!

Quelque chose dans ce tsunami d’angoisses, d’évitement et de retrait, m’a finalement permis de lâcher. 

Plaisirs simples. Raccourcis. 

Ce que j’aime? Lire. Écrire. Dessiner.
Marcher en forêt, pour ensuite, l’écrire, le dessiner. Boucles d’inspiration et de création.

Basta.

Pas besoin de rester trois heures chaque jour à scroller sur les réseaux, pas besoin de changer toute ma garde robe à chaque saison (même si cet automne j’ai craqué pour un gilet lilas d’une marque de fast fashion, oups), pas besoin non plus de meubler ma vie de projets insensés toutes les cinq minutes ou de passer mes soirées entières sur Netflix (ou PIRE: à scroller des heures sur Netflix en quête de quoi regarder).
Pas besoin de sortir à tout prix pour valider mon week end, pas besoin de voir sans cesse du monde pour me sentir aimée.

Notre nouvel an, on l’a passé à deux: repas à 19h30, faux feu de cheminée sur Youtube et playlist 90’s, Friends le chéri roupillant sur mes genoux et sapin clignotant en toile de fond, un bisou à minuit, et hop, au lit.

Eh ben, je vous explique pas la pression en moins. Pas obligée de faire la fête. De choisir quel groupe d’amis « mérite » ma noble présence. Sans 2020, pas sûre que j’aurais osé m’en foutre autant.

Conclusion

2020, ça a été l’année de l’angoisse et du repli, mais… elle m’a plutôt fait du bien.

Evidemment, faudrait pas que ça dure 110 ans, mais là, comme ça, sur douze mois, je n’ai pas trouvé ça inintéressant. J’ai la chance d’avoir un métier qui me permet de continuer à travailler: je n’ai jamais été si heureuse de faire ce que je fais.
Et je n’ai jamais eu autant envie de m’en tenir à ce qui m’inspire et me motive. J’ai beaucoup moins travaillé, cette année, moins gagné d’argent aussi, mais je ne suis allée que vers des projets inspirants.
Un deuxième livre avec Ovidie, un livre sur l’astrologie avec Marie Sélène, une campagne de lutte contre les violences faites aux femmes avec le CIDFF, mon projet de recueil de poétesses qui sortira chez la Ville Brûle cet automne, et beaucoup, beaucoup d’écriture, aussi.
Ça je vous en reparlerai bien vite. 

Voilà.

J’avais besoin d’écrire cette transition, de laisser ici une trace de cette métamorphose, amorcée bien avant la crise.
M’est avis que le retour en arrière est impossible, maintenant.

Amour et tendresse pour vous toutes et tous qui êtes resté.e.s là, malgré ma désertion.
Je vous aime, et j’espère que vous avez pu vous aussi, trouver un peu de légèreté dans tout ce chaos. J’espère que vos proches vont bien, que vous trouvez la force d’affronter ces temps difficiles.

On a le droit de partager du positif, de dire « moi ça va », comme on a le droit de dire « au secours, c’est le désespoir ».
Dans un cas comme dans l’autre, je vous envoie des torrents d’amour, de lumière, et de soutien.

Belle année à tou.te.s,
Diglee

Commentaires

  • David dit :

    Tu m inspires. Merci pour ce partage. Rien faire c’est faire quelque-chose. Merci pour ce rappel. Des bisous.

  • Pauline dit :

    Bonjour Maureen,
    Qu’est ce qu’il fait du bien à lire ce bilan ! Je dois avouer que cette année de « pause » était certes très spéciale, mais (j’ai mis du temps à oser l’avouer aux autres) à été plus qu’agréable et assez révélatrice ! Je te rejoins sur le côté, moins de pression sociale et je crois que c’est ça qui m’a personnellement le plus fait du bien. Pas besoin de se « forcer » à aller en soirée, ni à sortir le week-end alors qu’on a qu’une envie : un plaid et un livre ! Une jolie parenthèse, même si je sais que ça n’a pas été facile pour tout le monde.

    Je te souhaite une très belle année, qu’elle soit douce et pleine de rando au grand air !
    (et merci pour tes vidéos bilan lectures qui permettent toujours de trouver des pépites à ajouter dans sa liste de livres ❤️)

  • Sophie dit :

    Juste 💜

  • sophie dit :

    Une belle année à toi !
    Merci pour ce resumé post 2020 – apaisant et serein – ça fait du bien ! une belle continuation et surtout d’autres belles randos et qui sait un peu d’escalade ! (étant moi même une grande fan de ces deux activités je ne peux que les conseiller !)

  • Juliette dit :

    Bonjour,
    Je ne suis pas fan de rando mais je suis fans des livres d’Erri de Lucca. Il a un rapport particulier à la montagne et aux mots. Si vous ne le connaissez pas je vous le conseille fortement.

  • Charlotte dit :

    J’ai adoré te lire, et je suis d’accord avec tout. Ahah

  • Mathilde dit :

    Merci de partager ce retour sur 2020 avec nous, je dois dire qu’il fait beaucoup écho en moi !
    Et heureuse de constater tout le positif que tu as pu en tirer. 😌
    Très belle année 2021 à toi !

  • Julie dit :

    Merci pour cette article Maureen. Il fait du bien.
    Belle année à toi aussi.

  • Morgane dit :

    Belle année à toi, que dire de plus, tout l’espoir derriere ces quatre mors suffit non ?

  • Camille dit :

    Merci pour ce texte qui résonne en moi, tu es une personne merveilleuse et très inspirante en qui je me reconnais et qui est un modèle 🙏

  • Morgane dit :

    Depuis des années que je te suis, je suis enchantée par cette évolution dans laquelle je me reconnais. Évolution, ça fait un peu distributrice de bon point… on mature plutôt que d’évoluer. Je t’aime beaucoup Diglee, bonne continuation ❤️

  • Ça fait du bien de te lire Maureen !
    Vivement que l’on se croise par hasard sur un chemin de randonnée 😉

  • Carine dit :

    « Sur douze moi » joli « lapsus »😘

  • Minute Simone dit :

    Holala, ça donne très envie d’apprendre à déconnecter aussi, clairement je passe beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux (et encore plus cette année où on peut si peu sortir). J’aimerais avoir ton recul et ta volonté. Très contente en tous cas de lire de tes nouvelles ici, hâte de lire tous ces beaux projets à paraître et belle année 2021 !

  • Manon b A dit :

    Merci pour ton partage. Ça m’inspire et ça me touche fort.
    Belle année 2021 à toi
    ✨💕

  • Maud dit :

    Rien d’autre que : ♥️

  • clairebelgato dit :

    Une belle année 2021 à toi Diglee. Merci pour ce billet, plein de sérénité et de bonne humeur. J’ai hâte de lire ce recueil de poétesses <3

  • Anne dit :

    Belle année 2021 Maureen ❤️ Qu’elle soit aussi douce que renversante. J’ai hâte de découvrir tout tes nouveaux projets.

  • Maïa dit :

    Merci, juste merci <3

  • Marion dit :

    Merci beaucoup pour ce partage. Je suis heureuse de te retrouver sur le blog. C’est beaucoup mieux que sur les réseaux. Bonne année 2021 à toi!

  • Alice dit :

    ❤❤❤

  • Laetitia dit :

    Merci Maureen !

    L’année 2020 a eu des hauts et bas mais comme tu dis je l’ai senti comme un reboot, une mise à plat nécessaire dans la vie effrénée et on a appris à nous connecter à ce qui nous fait vraiment du bien ! ❤️

  • Fanny dit :

    Chère Maureen, j’aime toujours beaucoup lire tes posts! Même s’ils sont moins fréquents.
    Des témoignages comme le tien, ça fait du bien car ça ouvre une petite fenêtre et ça nous dit que c’est possible..
    Je comprends bien le soulagement de ne pas avoir à choisir la fête de nouvel an, la pression que c’était de devoir « Marquer le coup ». Moi j’ai été libérée de ça quand je me suis retrouvée avec une belle famille russe: là bas, le nouvel-an, c’est comme notre noel, la famille, les cadeaux, le sapin… Plus besoin de choisir entre la soirée « Glamour Récup » de Géraldine et celle « Strass et Crevettes » de Charles! j’avais une bonne excuse: « tu vois, c’est la famille, c’est important pour nous » (oui c’est peut-être une excuse de lâche qui n’assume pas de ne pas vouloir célébrer nouvel-an mais ça permet au moins de le réaliser!)

    Pour moi 2020 a eu du bon et du très mauvais malheureusement mais je suis contente de lire ton post et de me dire, oui, il y a eu du bon.
    Je me rends de plus en plus compte que le bonheur n’est pas l’absence de malheurs, mais plutot qu’il est toujours possible, en parallèle aux malheurs. Cette pensée m’apaise.

    C’est super de te voir toujours apprendre et évoluer et d’en trouver un écho en moi. et je trouve drôle que malgré toute cette évolution, la blague des chats « comment ça à deux? Excuse me? » fait écho a celle dans ta première BD ou tes 3 chats protestaient de la même façon! Toujours la même, toujours nouvelle et si généreuse d’amour! merci!

  • K-Zlovetch dit :

    Hé bien. Je viens de découvrir ton blog avec le magnifique article « Le problème du modèle unique dans le monde de l’image ». Ex-étudiante en animation, je peux te dire que j’ai fais le même cheminement que toi mais ça fait du bien de le lire, de voir un écho ! Merci !

    Et comme toi… j’ai eu la « chance » de pouvoir apprécier 2020. Mon entreprise a coulé, tous mes festivals sont morts mais à côté de ça, j’ai quand même apprécié de ne pas avoir à trouver d’excuse pour esquiver les gens. On vit dans un monde de fou, avec des sollicitations permanentes, et j’aimerais qu’on en tire tous une leçon.

    En tout cas force à toi et ceux que tu aimes, bisou et bonne continuatioooooooooon ! ♥

  • Hécate dit :

    La rando c’est la vie quand t’aimes la nature !

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