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Mise au point

Bonjour à tous,

Suite à mon précédent article sur le sexisme dans le cinéma, qui prenait pour exemple le récent « it follows », quelques commentaires sont revenus plusieurs fois.

J’ai validé tous vos messages, allant dans mon sens ou contre moi.
Et j’ai noté deux réactions importantes, auxquelles j’aimerais prendre le temps de répondre.

1er Point:

Vous êtes quelques uns à me citer Mirion Malle du blog Commando Culotte, et me demander pourquoi je l’ai plagiée et pas citée.

Capture d’écran 2015-02-07 à 15.20.44

Mirion Malle, je l’aime beaucoup, et je respecte énormément son travail.

Je l’ai découverte grâce à Mademoizelle et ça a été la révélation.
À chacune de mes tentatives encore maladroites de prise de parole sur le sexisme et le féminisme, je l’ai toujours citée en exemple. Ici, et Ici, entre autres. Elle est l’une de celles qui m’ont le plus aidée à ouvrir les yeux sur plein de choses. 

En ce sens là, je suis d’accord avec vous, j’aurais pu la créditer à nouveau parce que ses articles engagés m’ont aidée à prendre position et assumer mes idées. Oser me battre un peu, et prendre la parole sur ces sujets importants. Dans l’émotion et la fatigue après 9 heures sur ce post, j’ai effectivement oublié de parler de certaines de mes influences comme Mirion, mais aussi comme le site Mademoizelle, le site Macholand,  IV  le blog d’insolente veggie, la photographe Petra Collins, ma copine Olga d’Hashtag Eclectique les mouvements Stop Harcèlement de Rue, Ovidie, et j’en oublie, qui TOUS m’ont aidée à ouvrir les yeux et comprendre un peu mieux le phénomène du sexisme et de la société patriarcale. 

En ce sens là, je dis oui, MERCI MIRION. Ton courage a été un exemple.

(On s’est rencontrées en coup de vent à Angoulême l’année dernière pour nous dire à quel point on aimait le travail de l’une et l’autre. Elle était drôle, piquante, fraîche, décomplexée et l’échange si court fut-il, m’a beaucoup touchée.)

MAIS:

Il n’a évidemment jamais été question de la PLAGIER. Grands Dieux. Je suis dans le milieu depuis assez longtemps pour ne pas en avoir besoin et surtout pour connaître personnellement les ravages professionnels et psychologiques du plagiat. Nous avons d’ailleurs chacune un style graphique bien propre.

Ce blog devient de plus en plus intime, et de ce fait, de plus en plus lié à mes combats personnels.

J’ai, pendant des années, choisi de ne parler que de choses légères, par peur de devoir me battre, de devoir répondre aux attaques ou d’être ridicule (alors qu’en fait, j’ai dû me battre, répondre aux attaques et j’ai été ridicule. Donc tant qu’à faire, autant que ce soit pour les bonnes raisons).

J’étais jeune, je n’avais pas les épaules. Et ça m’allait très bien comme ça. Pas de regrets.

Mais, depuis quelques temps (est-ce mon graaand âge ou mes expériences personnelles récentes qui remuent tout ça, je ne sais pas), je suis de plus en plus sensible aux questions autour de l’égalité des sexes, et j’ai vraiment besoin d’utiliser cet espace pour les mettre en forme. Pour communiquer.

Quand je suis sortie du film il y a quelques jours, je pensais que son sexisme pitoyable était flagrant et donc, à la limite, risible. Quand j’ai compris après quelques discussions animées avec mes amis, que ce n’était pas si clair, pas si limpide, j’ai vraiment eu besoin d’en parler ici. De montrer ce qui m’avait tant choquée, et surtout d’essayer de comprendre et d’expliquer pourquoi ça m’avait tant choquée.

Ça a été un film parce que je suis tout le temps fourrée au cinéma, et qu’en effet, ce coup là c’est là bas que j’ai pris une claque. Ça aurait pu être un livre (comme j’en partage souvent sur mon Instagram), une discussion avec des gens, une pièce de théâtre ou une émission de radio. 
Dénoncer toute forme d’abus ou d’injustice me semble nécessaire. Mon seul moyen pour cela, c’est le dessin. Je suis illustratrice auteure et blogueuse BD depuis respectivement 6 ans et 8 ans, le dessin, c’est encore le media dans lequel je me sens la moins nulle plus légitime.
À aucun moment il n’a été question de plagier qui que ce soit, et surtout pas quelqu’un dont je respecte et diffuse régulièrement le travail. Mon blog ne se transformera pas en copie du sien, j’ai parlé d’un film ici comme je parlerai d’un livre demain, de ma BD en cours ou de mes pérégrinations auto centrées incluant mon chat, mon mec ou un inconnu dans la rue.

NO WORRIES.

 

2ème Point (plus ESSSENTIEL)

 

Certains soulignent comme étant incohérent avec mon discours féministe et engagé que je sois en « petite tenue » sur ma bannière, et de manière générale que mon personnage soit associé à des tenues légères.

Capture d’écran 2015-02-08 à 12.41.17

J’aimerais expliquer en quoi pour moi aussi, ce détail a été pris en compte, et à quel point je m’interroge sur mes précédentes publications, sur mon rôle jusqu’ici, sur ma légitimité à être dans ce combat aujourd’hui..

J’avais déjà parlé de cette grosse remise en question dans ce post là: c’était il y a plus d’un an déjà.

J’expliquais à quel point j’avais des doutes sur mes choix, à quel point j’étais écœurée des remarques à mon égard toujours axées sur le fait que j’étais une fille, que mes BD étaient pour les filles, que j’étais bête et anti-féministe, et surtout à quel point mon travail et l’axe que j’avais choisi avait peut être pu y contribuer.

Ma pensée est la suivante:

Outre le fait que cette image (ma bannière), vieille de 4 ans et ne me corresponde plus des masses (j’ai passé mon délire paillettes lunettes tutus et plateformes shoes: la vieillesse, vous dis-je), je ne la pense pas contradictoire avec mon combat.

Pourquoi?

Parce que ce contre quoi je m’insurge, ce n’est pas la nudité en elle même: c’est la nudité instrumentalisée par l’un des deux sexes en défaveur de l’autre. 

Ce que je décrie, c’est la volonté de faire d’une femme (ou d’un homme) un OBJET sexuel. Pas d’être un SUJET sexuel.

Je m’explique: qu’une personne, en tout état de conscience, décide de se mettre nu ou de s’habiller sexy, ça ne me dérange pas outre mesure. Je suis même avidement POUR.

Chacun est libre de disposer de sa sexualité, de son corps, de son image.

Qu’une industrie, une société, une plateforme publique, se serve de cette nudité pour « chosifier » la personne déshabillée, ça en revanche ça me gêne.
Qu’on déshabille systématiquement le personnage féminin d’un film quand tous les personnages masculins sont habillés, ça m’agace. Dans le cas de « it follows » (loin d’être le pire exemple de sexisme qui soit, c’est un exemple parmi tant d’autres) : le scénario est écrit par un homme, le film est réalisé par ce même homme, et les producteurs sont quasiment systématiquement des hommes aussi. La nudité répétée (je devrais dire « l’érotisation », car elle est en lingerie rose fluo la plupart du temps, pas seulement « nue »), ici, est utilisée uniquement pour plaire au milieu masculin dans lequel le film va être créé.
Elle n’a aucun but scénaristique.

Pour illustrer mon propos (j’ai toujours été nulle en dissertation, mes plans sont confus et partent dans tous les sens), je voudrais vous citer l’exemple d’Emma Holten.

Capture d’écran 2015-02-07 à 16.08.24

Cette journaliste Danoise avait été victime de « revenge porn » (quand on quitte quelqu’un et qu’il ou elle publie par vengeance nos photos intimes sur le net). Elle s’est retrouvée nue sur le net, sans son consentement, et noyée de mails d’insultes ou à caractère sexuel. Au bout de deux ans, et alors que le flot de remarques ne cessait pas, elle a décidé d’agir.
De reprendre possession de ce corps qu’on lui avait volé.
Elle a alors pris des clichés d’elle nue, avec une photographe qu’elle a choisi, et elle les a postés elle même sur le net.
Pour bien montrer la différence entre la nudité consentie et la nudité imposée.

Qu’on soit biens clair: je ne souhaite pas qu’il n’y ait plus aucune femme nue nulle part. Que la nudité devienne taboue.
Ce serait une hérésie.

La nudité peut avoir un grand rôle et dire beaucoup (la plupart de mes tableaux de maîtres préférés sont des nus: le corps nu reste à mon sens le meilleur vecteur de grâce, de pureté, de beauté).

Ce qui serait souhaitable, c’est dans un premier temps que la nudité, s’il y en a, puisse être MIXTE, et non toujours dans un seul sens.

Prenons l’exemple du film « Shame ».

La nudité a un rôle très fort: chacun des deux personnages principaux (Michael Fassbender et Carey Mulligan) commence le film par une scène de nudité frontale. Il n’y a pas de mise en avant de l’un ou de l’autre, les deux corps sont égaux dans leur fragilité et leur animalité. Cette nudité est au service du récit car elle sert à illustrer leur lien névrosé au corps et au sexe (la jeune fille se mutile et lui est sex addict). La nudité, là, a un sens, est au service du récit est en plus, elle est mixte.

Quand une jeune fille de 17 ans court, crie, pleure, se fait ligoter poursuivre et balancer sur la route en lingerie et talons aiguilles dans une séquence sensée « faire peur », c’est de la nudité que je trouve mal placée et qui positionne l’actrice en objet sexuel.

Être nu, sexy, dénudé, sexuel: pas de problème, si c’est une volonté personnelle. On n’est pas obligé de porter des pantalons et de ne pas se maquiller pour être féministe. On porte ce qu’on veut et heureusement.

Le faire au service d’une industrie ou parce que quelqu’un nous le demande (l’impose…): NON.

Quand on a 17 ans, qu’on rêve d’être actrice et qu’on nous dit que « telle scène » sera à jouer en petite culotte sans quoi on ne sera pas retenue, je ne suis pas sûre qu’il soit si AISÉ de dire non.
Ça, c’est dégueulasse, et c’est une réalité établie par une société patriarcale ancestrale qui pense que l’homme a du désir sexuel, que c’est dans sa nature d’homme, et que la femme est là pour y répondre, qu’elle n’a pas de désir propre (ou alors, c’est une pute).

Aussi, quand Madonna a l’époque débarque en body conique et portes-jarretelles dans les années 80, entourée d’éphèbes huilés et qu’elle mime un acte masturbatoire sur scène, elle utilise les codes machistes pour les attaquer: pour dire qu’elle aussi, en tant que femme, elle a du désir, qu’elle est maitresse de son corps. Que le sexe n’est pas une affaire d’homme, et qu’une femme qui a une libido n’est pas une pute (le mythe de la madonne et de la pute n’y est pas pour rien dans son choix de pseudo).
Elle revendique son pouvoir et sa sexualité, et ça, c’est fort.

MAIS.

Là où ma réflexion est encore floue, et là où je doute, sans cesse, c’est sur ma légitimité et ma cohérence. Jusqu’où suis-je juste?

Je ne suis pas aveugle. J’ai moi-même produit des images très stéréotypées.
Oui, ça m’est arrivé.

Je suis tombée moi aussi dans le piège.

J’ai par exemple été capable, il y a 5 ans, de dessiner ça:

Capture d’écran 2015-02-08 à 13.02.52

Cette image sous entend qu’une fille, ça porte des bas et des talons, des noeuds dans les cheveux et mange des cupcakes en buvant du thé. Tous ces éléments en soi ne sont pas graves, et chacun est libre de les adorer ou les détester, ce n’est pas le problème. Mais les rendre inhérents au genre féminin, c’est une connerie sexiste.

Se dessiner en petite tenue et talons, ce n’est pas grave.
C’est la liberté de chacun.
En cela, je ne considère pas ma bannière sexiste: le personnage que je dessine, c’est moi, j’ai le droit de me déguiser et porter des tenues affriolantes et des talons à paillettes si le coeur m’en dit.

Le faire en disant que c’est ÇA la féminité, ça ce serait grave. Et ce serait puant.

Maintenant je comprends un peu mieux la colère de certaines féministes à l’époque.

Ces productions maladroites, elles font partie de ma grosse remise en question. Elles en ont été le départ.
Mais cela n’englobe pas tout mon travail et je sais encore ce que je fais. Je ne considère aucune de mes 3 dernières BD comme sexiste, et un tome 2 de Forever Bitch est en cours, qui illustrera justement ce phénomène ultra complexe qu’est le féminisme, et à quel point même au sein des féministes il y a d’énormes discordes.
Je ne vais pas m’arrêter de rire des clichés, c’est aussi ce qui me caractérisait et qui m’éclate.
Je fais juste attention à ne pas tomber moi même dans les pièges que je dénonce. C’est important.

Aujourd’hui je me demande pourquoi dans ma vie comme dans mon travail (les deux étant intimement liés en tenant un blog autobiographique), j’ai pu avoir ce besoin de féminité exacerbée et caricaturale. Comprendre tenues affriolantes et talons démesurés, par exemple.

Quels ont été mes modèles féminins dans ma vie et dans les médias pour que mon émancipation en tant que femme passe par l’acquis de certains codes sexuels aussi marqués (voire sexistes)?

Aujourd’hui ma vraie interrogation, et pour cela j’ai besoin de lire beaucoup, de discuter beaucoup, de réfléchir sur moi aussi, beaucoup, c’est d’essayer de trouver jusqu’où, pour une femme, l’utilisation de son corps est libre et jusqu’où elle est quand même influencée par les médias et l’image de la femme qu’on diffuse à outrance dans notre société.

Jusqu’où des Rihanna, Miley Cyrus ou Nicki Minaj ont raison de triompher de leur corps, d’en être fière et de le montrer, d’illustrer leur sexualité explicitement.
Est ce que ça dessert la cause féministe ou la valide à 100%?
Ça, je n’arrive pas encore à être claire là dessus. Les avis divergent, et je n’ai pas encore élaboré le mien totalement. 

En tout cas en ce qui concerne mon travail, il est clair que j’ai pu parfois tomber dans le stéréotype. J’ai commencé ce blog à 20 ans, j’habitais encore chez mes parents, j’étais étudiante: je ne m’étais pas encore posé toutes ces questions. Et j’ai fait des erreurs.
En prônant l’acceptation de soi et la liberté de porter ce que l’on veut, je me suis un peu mélangée j’ai diffusé des messages contradictoires. Mais être tombée dans le piège ne devrait pas m’interdire d’en sortir.

Je ne vous cache pas qu’aujourd’hui dans ma tête, c’est 14-18.
Qui suis-je, où est ce que je me situe dans tout ça, suis-je cohérente, suis-je juste, suis-je sensée?

Je fais ma crise d’ado quoi. Youpi!

Mais je ne compte pas baisser les bras.

Je n’ai que 27 ans, j’ai encore tout à dessiner et tout à dire.
Je suis suivie par des milliers de personnes, c’est une chance inouïe: je peux les emmener à réfléchir à tout ça avec moi, je peux tenter de changer un peu les choses.

Des ratés, il y en aura sûrement encore. 
Des confusions, des hésitations, des remises en question aussi. Beaucoup. Parce que je suis franchement pas quelqu’un de clair et de sûr de soi.

Mais je ne vais pas abandonner maintenant.

Je viens seulement d’entrouvrir la porte.

Bon dimanche à tous,
Maureen

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