Archive de l'Auteur

Lectures estivales

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Je parle rarement de mes lectures sur le blog.

Sur Instagram, parfois, entre deux #ootd ou photos d’assiette garnie, j’égraine un petit bout de livre, comme ça, quelques mots qui m’ont fait vibrer ou quelques tournures qui m’ont fait trembler. Je les note dans un carnet (écrire, c’est avaler) et j’en partage quelques un aux yeux du monde.
Mais je suis pudique.
Parce que ce que je lis, mit bout à bout, c’est un chemin tout tracé vers qui je suis au dedans: mes livres répondent à tous mes chagrins, mes rêves, mes pulsions de vie, mes peurs, mes fantasmes. Je suis si nue quand je lis.

Certains d’entre vous, sur ce même Instagram, m’ont demandé une petite liste de ce que j’ai lu récemment et qui m’a plu.

Je me suis dit que l’exercice était drôle. Un peu incongru, parce que j’ai des lectures tellement précises et peu populaires, mais après tout, c’est vrai, pourquoi ne pas en parler ici?

D’autant que je suis dans une phase un brin obsessionnelle/psychopathe depuis deux mois, où je raccroche avec la Littérature (avec un grand « L »: la littérature comme nourriture, comme mode de vie) comme je l’aimais à 17 ans: sans demie-mesure, ne vivre que par et pour elle, gros caprice d’enfant qui ne veut que du grand et de l’exceptionnel (tout est roman, tout est mots). Je me perds dans les pages des autres, persuadée que les livres me sauvent. Chaque livre est un souffle, me les enlever, c’est un peu m’asphyxier.

Tu vois un peu l’ambiance, dans ma tête?

Je ne suis pas une lectrice modèle, je suis plutôt du genre à lâcher un livre qui ne m’emballe pas, à le faire se chevaucher avec un autre sur lequel je suis tombée au fil d’un marché du livre ou d’une balade en librairie, à tout arrêter parce que me prend l’envie soudaine de relire 1000 pages d’ Anaïs Nin (j’y reviendrai plus bas). Il faut suivre, c’est pas bien linéaire.

Je vous emmène donc un peu dans mon crâne, avec les livres qui m’ont accompagnée ces dernières semaines, de la plage au café de la Fnac, d’un bain de soleil chez ma maman à mon lit défait.

Ça a commencé avec ce petit livre, découvert à la Grande Librairie un soir en travaillant :

1) Les livres prennent soin de nous, de Régine Detambel 

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Ce livre, c’est celui qui m’a remis le pied à l’étrier: je lisais beaucoup moins qu’avant, prise par le travail et, juste, par la vie.

Il s’agit d’un petit essai assez court qui nous apprend l’insoupçonnée puissance des mots, plusieurs anecdotes savoureuses et « conseils » de lecture à l’appui. L’auteure cependant insiste bien sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de lectures « médicales » ou « thérapeutiques » type Comment se sortir d’une dépression ou Comment faire son deuil: elle parle bien de la puissance du roman et de la Poésie, et de leur faculté à nous sortir des pires tourments.

exemple:

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(ndlr: je viens d’acheter Tout ce que j’aimais, j’vous en dirai des nouvelles…)

Vous pouvez écouter Régine Detambel en parler dans cette émission (pas retrouvé le replay de l’émission de la Grande Librairie qui était pourtant géniale…)
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Immédiatement après l’avoir lu, j’ai acheté de façon compulsive deux livre de Dominique Bona (là, je vais un peu partir en vrille, va falloir suivre)

Aaaaah…Dominique Bona. C’est ma nouvelle passion.

Je l’ai découverte en cherchant de la documentation pour ma BD en cours, « Anna », avec son livre Gala, la muse redoutable, qui était si riche et complet qu’il m’a donné toutes les pistes à creuser pour connaître l’univers arty-littéraire des années folles (et en plus, il est sublime. Allez, c’était pas prévu, mais je vous le conseille aussi, tiens.)


2) Gala, la muse redoutable, de Dominique Bona
 

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Que je vous plante le décor rapidement : Madame Bona est membre de l’Académie Française, et écrit des biographies.
Oui, je sais: la biographie n’est pas à priori un genre littéraire super excitant, encore moins passionnant -sauf pour les mémés de la lecture comme moi. MAIS. Miracle: les bouquins de Bona sont écrits comme de sombres et tumultueux romans d’amour. Ils sont nourris d’anecdotes factuelles, évidemment (arbres généalogiques, enfance, lettres, journaux intimes etc.) (c’est d’ailleurs saisissant de constater le BOULOT d’archive réalisé pour chaque volume), mais surtout tellement intimes, pleins de détours et de soubresauts, pleins de vie, torturés et lumineux à la fois. J’en suis à mon 4ème, et je ne m’en lasse toujours pas.

Mon coup de coeur invétéré , ça a été son dernier:

3) Je suis fou de toi, le grand amour de Paul Valéry, de Dominique Bona

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Je l’ai DÉ-VO-RÉ.

Il parle donc, en parallèle, des destins de Jean Voilier (née Jeanne Loviton) et du poète qu’on ne présente plus, Paul Valéry.
Su-blime.
Bona retrace la vie de chacun (on navigue donc entre les années 1900 à 1940, l’essentiel prenant place dans la fin des années trente), et s’attarde sur l’amour invétéré que porte Paul à Jeanne, malgré leurs trente et quelques années d’écart et la liberté chronique et indiscutable de Jeanne.
C’est sublime parce qu’évidemment, les lettres et poèmes éconduits de Paul Valéry sont à tomber, mais aussi parce que c’est le récit honnête et dramatique d’un amour condamné. Condamné à s’éteindre, condamné à faire souffrir, parce qu’impossible à consommer réellement (Valéry est marié et heureux dans son foyer, et Jeanne a besoin de feux d’artifices, d’intensité, d’exclusivité… elle va alors la chercher auprès de plusieurs hommes).

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Certains passages, extraits de la plume de chacun, m’ont émue aux larmes.

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Typiquement le genre de phrases qui m’ont électrocutée et remise debout, voyez.

Bref: une fois ce sublime livre avalé goulûment, j’ai enchaîné immédiatement avec :

4) Berthe Morisot, le secret de la femme en noir, de Dominique Bona

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Ce livre, je l’ai acheté certes, parce que c’est de Dominique Bona, mais aussi parce que j’étais tombée sur le documentaire de France 5 dans « Gallerie », sur elle et son étrange lien avec Édouard Manet (mon coeur saigne, MANET JE T’AIME) (Pardon).

Pas de replay à ma connaissance, mais il peut s’acheter et se visionner pour 1,99 symbolique ici.

Fascinaaaaaant.

C’est le livre que j’ai trimballé partout pendant quelques jours, au bord de la plage en Grèce, à Londres, Paris, dans mes sacs à dos et mes tote bag en tout genre. Il ne ressemble plus à rien. Je l’ai usé jusqu’à la corde, à l’annoter pour aller vite regarder le tableau décrit sur Google, noter dans mes carnets les phrases et références importantes, et aller me vomir à peine le livre terminé au musée d’Orsay pour aller chouiner devant les-dits tableaux, livre corné en main.

Un portrait de femme comme je les aime, un peu brusque et rebelle, passionnée, fabuleusement douée, et malheureusement oubliée.
Berthe Morisot faisait partie de la troupe des Impressionnistes, aux côtés de Degas, Renoir, Manet, Bazille, Sisley, de manière très active. Elle a beaucoup inspiré Manet dans son art, les deux se sont nourris du travail de l’autre, elle étant le peintre de la lumière, lui celui du noir de jais.

Le documentaire de France 5 s’attarde sur leur lien trouble: amants, amis, peintre/modèle? (ma passion pour la relation peintre modèle ne me rend pas objective, c’est simple: ça me passionne)
Manet a peint plus d’une dizaine de fois Berthe. Le dernier portrait d’elle (après qu’elle ait accepté d’épouser le frère d’Edouard Manet… JUST SAYING) la représente main au premier plan, la bague de fiançailles clairement visible.
Un adieu?…

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Leur relation suscite maintes rêveries.
Berthe a écrit un jour cette lettre à une amie, qui nous laisse imaginer qu’elle a pu détruire une partie de sa correspondance avec la même détermination que celle qui l’animait quand elle a brûlé, insatisfaite, toutes ses oeuvres de jeunesse:

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On peut donc facilement imaginer l’inclinaison réciproque des deux artistes, sans pouvoir affirmer que jamais, ils ne l’aient consommée.
Au delà de l’aspect amoureux, c’est aussi et surtout un portrait de femme déterminée, qui vivait pour la peinture et a réussi, aujourd’hui, à être accrochée aux côté de tous ses pairs masculins au musée d’Orsay.
Émotion suprême quand je suis allée admirer ses œuvres dans la galerie des impressionnistes à Orsay, face à son propre portrait par Manet dans « le balcon ».

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Berthe Morisot, « Le berceau », 1872
(portrait de sa soeur Edma et de sa fille, Blanche)

En parallèle de tout ça, j’ai voulu à tout prix lire quelques poèmes de Paul Valéry. J’ai acheté son recueil:


5) Poésies de Paul Valéry

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Et BIM! Émotion émotion. Je les lis au compte gouttes, selon mes humeurs, mes envies. C’est très difficile de commenter de la poésie dans un cadre non scolaire: j’ai le sentiment que les vers s’apprécient totalement différemment d’un individu à l’autre…

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Comme j’avais très envie de poésie, j’ai aussi lu:

6) Les mains libres, de Paul Éluard et Man Ray

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Celui là, je le lis aussi pour ma BD « Anna »: nous sommes en plein dans le surréalisme, et l’association des deux artistes (Paul Éluard écrit ses textes d’après des dessins existants de Man Ray) est caractéristique du type d’esthétisme et de symbolisme recherché à l’époque par la petite troupe des ex Dada.

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(J’ai découvert après l’avoir acheté qu’il était au programme du bac cette année: JALOUSIE!)

J’étais déjà fascinée par Paul Éluard à la lecture de « Gala » (ce fut son premier mari, tuberculeux chétif à l’érotisme chaste et à l’âme d’enfant): une douceur et une élégance inégalables, une grâce qui me touche beaucoup. Ces deux poèmes (lus un soir d’orage pour plus de drama) m’ont clouée.

Et puis… alors que je pensais enchainer avec un nouveau Bona (celui sur Camille Claudel et son frère, haaaa), j’ai eu une soudaine envie, non, un BESOIN IMPÉRIEUX de relire Anaïs Nin.

7) Henry & June d’Anaïs Nin

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Anaïs, Anaïs…

D’elle, découverte il y a environ 5 ans, j’ai lu Le journal de l’amour (trois tomes du journal expurgé réunis: Inceste, Feu, Arc-en-ciel), Henry & June , Venus EroticaLes petits oiseaux ,  Anais Nin et Henry Miller Correspondance passionnée, quelques interview et bouts de journal plus récents.
J’ai eu à l’époque ce qu’on pourrait appeler une Anaïssite aiguë. J’étais OBSÉDÉE. J‘en parlais déjà ici ou ici
Ça a d’ailleurs beaucoup contribué à mon envie de dessiner « Anna », à explorer davantage les années trente.

Mais là, j’ai senti que c’était un moment important de ma vie, et que ses mots résonneraient différemment. Plutôt que de me trimballer l’énorme volume aux 2 000 pages que j’avais déjà, j’ai racheté à part Inceste, et commencé à relire mon Henry & June.

Henry & June, ce sont les extraits du journal intime d’Anaïs (jusque là publié censuré) pour la première fois révélés, qui concernent essentiellement son histoire avec Henry Miller et sa femme June.

Anaïs a 28 ans à l’époque (et non pas trente comme le disent la plupart des résumés). Mon âge, à un cheveu près. Je tremble, je suffoque. Identification activée.

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Ce qui me touche autant que ce qui m’horripile avec Anaïs, c’est son besoin invétéré de séduire, d’exister à travers les yeux d’un homme, de se fondre dans son désir et d’y chercher un signe de reconnaissance, d’adoration.
Le père absent traqué dans la pulpe de chaque nouvel amant.

Aime-moi inconsidérément.

Désespoir d’être la femme-enfant, désir d’être « traitée comme une putain ». Anti-féministe au possible parfois, et pourtant si franc, si honnête que c’en est désarmant. Femme forte et petit oiseau à la fois. Je ne sais toujours pas quoi en penser, mais ça vibre.

Qu’importe finalement que je la valide ou non: je suis prise dans ses toiles. Anaïs est une magicienne, une femme araignée qui vous accroche et vous dévore, pierres de lune et tourmalines roses dans les poches de velours de sa lourde cape.

Ce qui est particulièrement fascinant dans ce volume (il commence en 1931), c’est de voir la mutation progressive d’Anaïs: d’abord jeune femme bourgeoise discrète et timide, qui s’ennuie d’un mari banquier passionné d’astrologie dans sa maison excentrique à Louvecienne, elle devient femme poison et sensuelle qui ne vit que pour la littérature, cachée au bras de son Henry (Ô Henry!), Henry Miller l’américain fauché et brute, qui écume les bordels et boit, la prend contre le mur ou sous un pont quand il ne se bat pas avec sa manipulatrice de femme June.
Anaïs tombe d’abord amoureuse de June (j’y vois plus une sorte de fantasme en miroir: elle rêve d’ÊTRE June, une femme puissante et théâtrale, qui agresse et séduit sans repentirs): puis elle cède finalement au charme brut de Henry et se transforme.

Henry la révèle.

D’abord sexuellement, puis de façon bien plus profonde, plus noble: littérairement. Chacun s’influence, se guide, s’éveille mutuellement. Elle sera d’ailleurs celle qui permettra à Henry Miller de publier son chef-d’œuvre Tropique du Cancer. 
Leur communion intellectuelle est telle qu’ils s’écriront et se fréquenteront toute leur vie. Leur amour inconsidéré n’entre dans aucune case, il défie le temps, la morale, la logique: Anaïs sait que la vie de bohème de Henry serait trop rude pour elle qui a besoin de magie. Elle est bourgeoise. Mais elle sait aussi qu’il est le roi. Que c’est lui. Elle se déploie alors, s’endurcit au contact de cet écrivain sans détours, commence à mentir, à jouer, pour survivre.

Regardez-les parler des rêve et de la mort, sur un canapé, trente ans plus tard!

Ce livre pour moi, se sont les coulisses de la grande pièce de théâtre d’Anaïs qu’est sa vie.
C’est cette partie là de son journal qui m’a émue, cette année charnière qui la transforme en petit démon de mensonges, marionnettiste des coeurs et des âmes.

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Vous l’avez deviné, je suis MORDUE d’Anaïs Nin, elle m’obsède et je ne me lasse pas de la lire.
En plus, elle adore Lou Andreas Salomé, mon autre égérie favorite. ANAIS JE T’AIME!!

Je suis donc maintenant en train de relire Inceste, qui porte ce titre parce qu’Anaïs y raconte aussi l’aventure qu’elle vit à trente ans avec son père retrouvé. Pages insoutenables d’une romance charnelle dont personne n’a su dire si elle était réelle ou fantasmée. Anaïs a quand même une obsession pour le thème de l’inceste (l’un de ses romans s’intitule La maison de l’inceste) qui revient constamment dans ses écrits: à prendre donc avec des pincettes, on frôle l’obsession traumatique. Qu’elle ait retrouvé son père, j’y crois, qu’elle l’ait séduit, peut être: leur ébats en revanches, restent un mystère. Car Anaïs joue, brode, enrobe. Elle dit elle-même qu’elle n’est pas toujours honnête avec son journal.
Elle écrit d’ailleurs un second journal, pour duper son mari quand il tombe sur ses écrits laissés en plan sur le lit conjugal (dans lesquels elle décrit ses nuits de stupre avec Henry) et lui dit qu’il s’agit de son VRAI journal, quand l’autre (le vrai, donc) ne serait qu’un carnet d’inspirations, de rêves, d’expériences littéraires.
Prestidigitatrice.
Ce volume contient aussi ses plus belles pages, à mon sens (elle trouve aussi) sur son avortement.

Je viens de commander son Journal de jeune mariée 1923-1927, pour tenter encore un peu plus  de percer le mystère Anaïs.

Voilà pour mes diverses inspirations littéraires du moment. C’est un article un peu à part, mais finalement il fait assez bien suite à celui que j’avais écrit sur les femmes de Lettres.
Deux hommes dans la liste, MON DIEU, que m’arrive t’il ?! * blague*

Je vous laisse savourer votre été, littérairement ou non.

LOVE,
Maureen

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